La grande affaire du réchauffement climatique

La cause est entendue, afin de redorer son blason la finance est devenue « responsable » en prétendant jouer un rôle dans la lutte dans la grande affaire du réchauffement climatique.

Sous les auspices de Mark Carney, un ancien de Goldman Sachs devenu successivement président de la Banque du Canada puis de la Banque d’Angleterre, un réseau de banques centrales et de superviseurs intitulé NGFS (pour Network for Greening the Financial System) a été créé et s’est vite étoffé. Prenant comme il se doit leur rôle au sérieux, les banques centrales en charge de la résilience du système financier qui en sont membres projettent d’intégrer les risques environnementaux dans leur mandat en raison de leur impact sur celui-ci. Elles veulent également adapter en conséquence leurs approches analytiques et prudentielles, ainsi que leurs stratégies d’investissement en n’achetant que des « titres verts ».

Pascal Canfin, ancien directeur du WWF qui lutte pour la protection de l’environnement, un temps ministre en France et désormais député européen, participe à son tour à cette noble campagne. Dans une tribune libre parue dans le journal Le Monde, il voit le monde financier jouer « un immense rôle face au changement climatique ». Mais, s’interroge-t-il, « la question est de savoir comment le mesurer et lui donner une valeur de marché. » On attend avec intérêt sa réponse.

Fort des résultats que l’on sait de l’utilisation des mécanismes de marché afin de réduire la production de CO2, un précédent pourtant peu encourageant, Pascal Canfin emprunte un chemin identique. Il assigne au marché un tel rôle important sans doute parce que les gouvernements n’ont pas les moyens de le jouer, et il voit dans les banques centrales l’instrument de pilotage du dispositif.

Il voit également dans l’arrivée de Christine Lagarde à la tête de la BCE l’occasion rêvée de le concrétiser, rappelant que lors de son audition devant le Parlement elle a inclus le changement climatique dans son mandat, « tout simplement parce que la stabilité financière ne pouvait plus être assurée dans un monde à +4 ou 5 degrés centigrades. » Sans toutefois préciser les mesures qui en découleront.

Peut-on laisser croire que les banques, dont les responsables ont la bouche pleine de la « finance responsable » mais qui pour l’essentiel s’en tiennent aux belles déclarations, vont être subitement à la hauteur ? Les grandes banques qui se sont prétendues soudainement vertueuses l’ont mal anticipé après s’être désinvesti de leurs valeurs litigieuses sans susciter de réduction des émissions de CO2, ainsi que Bill Gates s’en est ému. Le contraire supposerait une révolution dans la régulation financière, avec pour conséquence un sérieux accroissement des fonds propres des établissements financiers, à condition qu’elle soit rigoureuse.

Que les banques centrales deviennent les gendarmes de nouvelles contraintes réglementaires interroge aussi, alors que l’heure est au discret détricotage de la régulation. Mais qu’il soit fait appel aux petits épargnants, « qui ont aussi leur rôle à jouer », en rajoute dans la problématique. Selon Pascal Canfin, il pourrait en effet leur être proposé de choisir de financer des entreprises qui respectent les accords de Paris…

Que ne ferait-on pas pour, n’y croyant pas et de fait abdiquant, disculper les gouvernements de ne pas tout simplement prendre par voie législative ou de décrets les mesures réglementaires permettant d’atteindre leurs objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre  ?

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